Le changement est rarement linéaire mais systémique, complexe, cyclique, comportant des deuils, des ruptures et une dimension paradoxale.
Un processus de reconversion professionnelle est un processus de changement. Dans un tel processus, des notions importantes sont à prendre en considération dont entre autre, la peur, le deuil et le paradoxe de l’autonomie. Je vous propose dans cet article quelques pistes de réflexion sur ces notions et leur lien avec le processus de reconversion professionnelle.



Le changement et la peur


Le changement fait peur. Oui car nous sommes des Hommes (à prendre dans son sens général, sans aucune intention de misogynie !) et pour nous l’inconnu fait peur, le changement c’est l’inconnu !
Acceptons le fait que nous puissions avoir le droit d’avoir peur dans notre vie.
Un petit aparté pour les hommes (dans son sens sexué cette fois !).

La société fait tout pour que l’homme ne montre pas, n’avoue pas qu’il peut avoir peur !
Culturellement, un homme ne doit pas avoir peur (qui n’a jamais entendu un parent dire à son fils « mais tu es un garçon, tu ne dois pas avoir peur … ».
Les filles ont le droit d’avoir peur et de montrer cette peur, les garçons non !
Hors les garçons, les hommes ont eu aussi des peurs et on le droit de les montrer, les exprimer, en parler.

Fin de l’aparté !

Il est normal que nous puissions ressentir de la peur lors d’un processus de reconversion professionnelle et l’accompagnement lors de cette phase de notre vie, va nous permettre d’opérer des changements importants dans le développement de notre identité.
Les actions de coaching, lors d’une reconversion professionnelle, vont offrir au « coaché », des moyens de Protection, de Permission et de Puissance dans la gestion du changement.
L’aspect majeur de ce processus réside dans la possibilité offerte à ceux qui ont à vivre le changement, les stress et la frustration qui en résultent, de disposer d’un espace, de temps et d’un lieu de parole. Ils vont pouvoir alors, soutenus et accompagnés, laisser tomber tout ou partie de leurs résistances au changement, résistances conscientes et inconscientes. Ils auront pour cela les moyens, nécessaires au réel changement : élaboration, réparation, maturation, mise en œuvre, concertation, et développement de l’identité.


Le paradoxe du changement: notions de dépendances


Le thème de l’autonomie est au cœur de toute action de reconversion.
Une action de changement quelle qu'elle soit, affecte en général tous les degrés d'autonomie en même temps.
Afin de vous aider dans cette compréhension de l’autonomie, je vais vous présenter un modèle de l’autonomie, que je mettrai en rapprochement avec les 5 phases du processus de reconversion.
Tout d’abord, il est important de préciser que l’autonomie n’est pas un état acquis une fois pour toutes, mais :

  • Un processus de croissance jamais achevé.
  • Ce processus comporte des étapes successives dont on ne peut faire l’économie.
  • Le passage d’une étape à l’autre suppose des transformations. Pour chaque transformation on doit passer par des processus de deuil.
  • Chaque étape comporte un aspect positif et un aspect négatif.
  • Chaque étape suppose des besoins et des contraintes spécifiques qu’il est important d’identifier et de traiter.

L’autonomie n’est pas une réalité en soi, elle s’apprécie toujours dans le contexte d’une relation.
"Exemple : un adolescent qui prend son indépendance ne pourra le faire qu’en fonction de la marge de manœuvre que lui laissent ses parents dans la relation."
L’autonomie, à la suite des travaux de Nola-Katherine Symor, nous apparaît comme devant suivre un cycle passant par 4 étapes, chaque étape étant obligatoire.

On ne peut pas passer directement de la dépendance à l’interdépendance, il est nécessaire de passer par la contre dépendance et l’indépendance
Voyons plus en détail ces étapes :


Etape 1 - La dépendance


La personne n’est en rien autonome par rapport à sa situation. Elle prend connaissance de son mal-être, elle ne peut pas prendre de décision.
Elle est dans la dépendance du constat « mon job ne me convient pas ».
L’aspect positif est la prise de conscience que quelque chose ne va pas et que je peux me prendre en mains.
L’aspect négatif si cette étape devait se prolonger : La personne ressent le malaise mais ne prend pas la décision de faire quelque chose ou la personne ne veut pas accepter qu’il y a un malaise.
Si cela doit durer dans le temps, elle pourra engendrer une problématique plus grave (maladie, burn out, …)


Etape 2 - La contre-dépendance


La personne n’est pas encore en mesure de prendre une décision mais elle analyse, s’interroge, génère des idées. Elle peut envisager un processus de séparation d’avec son existence actuelle. Elle a besoin de dire
« non » et de s’opposer à son statut présent.
L’aspect négatif serait de rester dans l’opposition en s’enfermant dans un processus de déresponsabilisation « ce n’est pas de ma faute, j’attends que mon environnement change ou je n’y peux rien ».


Etape 3 - L’indépendance


La personne a acquis une identité, des informations qui vont lui permettre de prendre une décision.
Elle n’est plus conditionnée par ce qu’elle « vivait avant », elle sait qu’elle peut envisager autre chose, qu’elle a acquis la puissance pour changer et entreprendre autre chose.
L’aspect négatif réside dans le fait que la personne ressente de l’invulnérabilité et fasse preuve d’un narcissisme trop exacerbé. La personne estime qu’elle « sait tout » et qu’elle n’a plus besoin de personne.


Etape 4 - L’interdépendance


La personne est capable de se prendre en main pour la réalisation de son projet, elle a confiance en ses valeurs, ses compétences et ses capacités. Elle a compris et intégré également qu’elle n’est pas seule et qu’elle peut laisser s’exprimer ses émotions, ses ressentis.
Elle connaît ses limites et les accepte, elle a pleinement conscience de ses capacités et des points qu’elle a encore besoin de faire progresser pour être pleinement la personne qu’elle veut devenir. Elle s’engage dans l’action, dans la mise en place de son nouveau projet et dans le développement de son identité.


Etape 5 - l’étape de l’accès au sens d’où le cap vers la cohérence


Nous représentons ici cette phase comme une 5ème étape, en réalité ceci n’est pas une "étape" à part entière car elle doit être présente tout au long du processus d’autonomie, donc au cours des 4 étapes décrites précédemment. Le sens doit être un leitmotiv pour tout processus de changement donc de reconversion professionnelle. Après avoir intégré ce leitmotiv dans son fonctionnement et sa réflexion, l’individu s’en trouve transformé, il est désormais en capacité de gérer des processus de changement et de vivre ce processus de l’autonomie comme une suite logique dans un schéma de développement en spirale qui peut se prolonger indéfiniment. La personne sera capable de vivre des situations de dépendance, de contre-dépendance, d’indépendance et d’interdépendance en toute sérénité car elle a désormais conscience de ses capacités à prendre en charge et à transformer les situations, en donnant du sens à ses ressentis et ses décisions.


Le changement et le deuil


Chaque passage d’une étape à une autre, comporte un processus de deuil.
Pour chaque passage la personne va devoir lâcher quelque chose pour pouvoir gagner autre chose.
Ces deuils sont spécifiques pour chaque étape.

(Plus d'infos sur le processus de deuil ici)

Passage étape 1 à 2 :
La personne quitte le « confort apparent » de quelque chose de connu.
Elle gagne la permission de dire « non » et de s’affirmer.

Passage étape 2 à 3 :
La personne perd la possibilité de rejeter la faute sur les autres ou son environnement.
Elle gagne plus de responsabilisation.

Passage étape 3 à 4 :
La personne quitte « l’intellectualisation » pour passer dans l’action.
Elle gagne en confiance en soi et en connaissance sur elle-même.



Le rôle du coach dans le processus de reconversion professionnelle


Le coach qui va vous accompagner tout au long de votre processus de reconversion va prendre en compte ce cycle de l’autonomie, votre peur ainsi que les deuils que vous allez devoir accomplir.
Son professionnalisme, son écoute et son empathie vont lui permettre de vous apporter au bon moment ce dont vous avez besoin (permissions, protections, confrontations, souplesse, fermeté, …).

Le coach sera capable de garder le cap sur la cohérence tout au long du processus afin :

  • de vous aider à trouver le sens lors du passage entre chaque étape;
  • de vous permettre de gérer la frustration liée au phénomène de deuil;
  • de vous permettre d’accepter la peur de l’inconnu que représente toujours l’étape suivante du cycle.