Vous avez mené votre projet professionnel à son terme et aujourd’hui, vous voilà sur le marché du travail, fraichement diplômé, prêt à convaincre un recruteur potentiel. La perspective d’un entretien ne vous fait pas peur, bien au contraire : vous êtes impatient de valoriser vos compétences, vous vous sentez à la hauteur. Vous êtes au top !
Il est vrai que vous vous êtes bien préparé pour ne faire aucun impair.

Pourtant, une seule chose vous inquiète : comment allez-vous répondre à la fameuse question : «quel est votre principal défaut ?» Comment pourriez-vous vous valoriser en parlant de vos défauts ou de vos points faibles ??

Déjà que parler de ses qualités sans paraître prétentieux n’est pas chose aisée… -Cet article, publié il y a quelque mois, devrait vous rassurer à ce sujet- mais comment parler de ses défauts sans plomber l’ambiance ? Sans faire pleurer dans les chaumières ?

Imaginez-vous disant : « je suis désorganisé.» Boum. Puis plus rien.
La température de la pièce a chuté de 5 degrés ! Inimaginable.

Je vous propose une méthode en 2 étapes qui vous apprendra à répondre à cette question qui vous demande d'aborder vos défauts ou vos points faibles de façon honnête, tout en donnant de vous une image valorisante à votre interlocuteur.

Mais tout d'abord, si vous le voulez bien, débarrassons-nous définitivement des maladresses et des mauvaises idées, autrement-dit des réponses à proscrire!

Ce qu’il ne faut pas faire


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  1. Vous pourriez contourner la question par un trait d’humour en disant que vous n’avez aucun défaut, mais pas sûr que votre interlocuteur ait le même humour que vous! En tout cas, il risque de ne pas apprécier, pour le coup, votre côté prétentieux. C’est donc un risque à ne pas courir!
  2. Vous pourriez aussi utiliser l’artifice aujourd’hui galvaudé qui consiste à affubler n’importe quelle qualité de l’adverbe «trop», comme «trop travailleur», «trop sérieux», «trop gentil» etc… Vous pourriez par exemple faire partie de tous ces gens «perfectionnistes» qui travaillent «trop bien» et qui provoquent chez le recruteur un sourire narquois, car il sait bien, lui, que ça n’a jamais été un défaut. Il peut même avoir la désagréable impression que vous le prenez pour un … (remplissez selon votre humeur du moment) bref, que vous vous payez sa tête!

    L’humour prétentieux et la mauvaise foi sont à proscrire, donc. Définitivement.

Ceci étant dit, passons à des choses plus constructives.

Quel est votre principal point faible? Le but de cette question


Tout d’abord, sachez que le recruteur veut évaluer votre honnêteté, l’adéquation de votre personnalité avec le poste et (un tout petit peu) votre capacité de réflexion.

Il est donc primordial de parler d’un VRAI point faible et de montrer que vous savez en tirer quelque chose de positif pour le poste que vous visez, ou au moins pour l’entreprise.

Je vous propose donc un petit exercice de réflexion qui vous aidera à parler de vos défauts ou points faibles sans plomber l’atmosphère ni paraître de mauvaise foi, et ce, en 2 étapes complémentaires.

Pour davantage d'efficacité, je vous conseille vivement de faire cet exercice par écrit.

Si vous le voulez bien commençons par le plus simple : allons chercher des perles.

Etape 1 : Exercice de la perle.


Parmi les quelques défauts ou points faibles qui vous définissent, choisissez-en un et répondez consciencieusement aux questions suivantes :

  • Que se passe-t-il précisément lorsque ce défaut ou point faible se manifeste?
  • Comment ce défaut influence votre entourage, votre vie ?
  • Comment vous sentez-vous lorsqu'il se manifeste? Que faites-vous alors?
  • Maintenant que vous avez décrit dans le détail ce défaut et que vous avez donné ses caractéristiques propres, retirez ce qui est superflu comme vous retireriez les différentes couches d’un oignon, pour en extraire la qualité inhérente, intrinsèque, la perle cachée au cœur de ce défaut.

Je m'explique :

Tout défaut renferme en effet un aspect positif. Par exemple, une personne timide fait preuve de discrétion, trait de caractère qui peut être recherché dans une entreprise. Une personne désorganisée a pu développer une certaine créativité, une certaine liberté d'esprit. Elle ne se sentira pas enfermée dans le carcan de l'organisation. Une personne extravertie, sans cesse en avant, désireuse de se montrer sera quelqu’un que l’on remarque, aspect que l’entreprise pourra utiliser à bon escient, etc…

Il est aussi courant que les personnes compensent un défaut par une qualité. Ainsi, celui qui a du mal à parler dans un groupe gardera le silence mais aura développé un grand sens de l'observation ou un sens de l’écoute. Celui qui manque d'organisation compensera par une certaine ingéniosité ou par une grande mémoire. Ici la perle sera cette qualité qui sera utilisée en compensation de ce point faible.

Il n’y a pas de recette, rien n’est systématique. Il n'existe aucun effet miroir permettant de trouver cette perle. Chacun doit réfléchir à son mode de fonctionnement. C'est en prenant le temps de décrire dans le détail la manifestation de vos défauts que vous trouverez, au détour d'un détail, la perle que vous cherchez.


A la fin de cette première étape, à la question «quel est votre principal défaut »? vous serez en mesure de répondre :

"Je suis timide, mais du coup je sais faire preuve de discrétion" .
Ou bien :
"Je suis incapable de prendre la parole dans un groupe, mais du coup j'ai un grand sens de l'observation".
Ou bien :
"Je suis désorganisé, mais du coup j'ai développé une certaine créativité, je fais preuve d'une certaine liberté d'esprit".
Ou bien :
"On dit que je suis vantard, mais du coup on peut dire que j'ai confiance en moi et je sais me mettre en avant. Je saurai donc mettre l'entreprise en avant lorsque ce sera nécessaire".


Pas mal, non ?? Je vous assure que le recruteur apprécie.

Du calme. Vous avez beau voir le côté positif,vous restez avec vos défauts, il n’y a pas de quoi pavoiser!

Vous êtes toujours incapable de prendre la parole dans un groupe et vous êtes toujours vantard.

Normalement, c’est là que vous m’interrompez et que vous me dites : « eh non, justement, pas toujours! » C’est ce que nous allons voir dans l’étape 2. Allons-Y!


Etape 2 : Exercice de l'exception


Comme pour l'exercice précédent, je vous invite à faire cet exercice par écrit. Attention, il est un peu plus difficile que le précédent, mais ça vaut la peine!

Choisissez un défaut ou un point faible et décrivez en détail une situation vécue dans laquelle ce défaut s’est manifesté.

  • Quel est le contexte avant qu’il ne se manifeste?
  • Où êtes-vous, avec qui, que faites-vous?
  • Que ressentez-vous?
  • Que se passe-t-il exactement lorsque ce défaut se manifeste ?
  • Réfléchissez maintenant à la fois où, dans une situation similaire, vous avez pu agir sans être influencé par ce point faible : il ne s’est pas manifesté, le problème ne s’est pas posé, il a été absent. vous vous souvenez? C’était quand?
    Racontez ce moment exceptionnel sans omettre aucun détail : que s’est-il passé ce jour-là? Qui était là? Que faisiez-vous?
  • Qu’est-ce qui était différent ce jour-là?
  • A votre avis, quel est l’élément qui, ce jour-là, vous a permis d’avoir cette capacité?
  • Quel élément du contexte, présent ce jour-là, pourriez-vous transposer dans d’autres contextes pour gagner en capacité et vous débarrasser de ce défaut?

il est très important que vous preniez le temps de ces descriptions détaillées. Racontez-vous, souvenez-vous de tout. Comme dans l’exercice précédent, c’est dans un détail que vous trouverez cet élément du contexte que vous pourrez transposer.

L'idée est qu'un individu ne se définit pas par un point faible, ni par aucun qualificatif unique, d’ailleurs. Je veux dire par-là que quelqu’un de vantard n’est pas toujours vantard, quelqu’un d’incapable de prendre la parole dans un groupe n’est pas toujours et définitivement victime de son incapacité. Sa mémoire se plaît à lui rappeler les seuls événements illustrant cette partie de son identité, parce-que ça l’arrange bien à ce moment-là. C’est son histoire dominante, celle qui le conforte dans l’image qu’il a de lui-même et qui, croit-il, le définit.

En sélectionnant les événements qui deviendront les souvenirs associés à son identité de «vantard», par exemple, sa mémoire illustre un phénomène bien étrange : ce qu’il est aujourd’hui (ou ce qu’il ressent comme tel) détermine son passé. Il sera effectivement en mesure de vous citer une multitude d’anecdotes qui vous prouveront que oui, dis-donc, mais quel vantard il est!!

Pourtant, en cherchant un peu, il existe des exceptions qui mettent à mal cette histoire dominante et qui écornent largement l’identité de cette personne. Tout est question de contexte, de la présence de certains éléments ou pas… et il réalise que son identité est beaucoup plus riche que ce qu’il pensait. De vantard, il devient parfois vantard, parfois fier de lui, parfois simplement bavard, parfois… tout un tas d’autres choses.

Une petite histoire pour illustrer mes propos


Mathieu, étudiant en informatique, se prête à cet exercice avec son coach. Son principal point faible : il est fainéant. (C’est lui qui le dit !) Voici notre échange :

"Comment ça se manifeste?
- Je rentre chez moi, à la Cité U, (je vis seul) et je jette mon sac dans un coin. Je suis incapable de l’ouvrir. Je fais ça depuis toujours! J’ai jamais travaillé de ma vie! Déjà, pour le BAC, j’étais incapable de réviser. Rien que de regarder mon cartable, je me sentais mal!
- Alors qu’est-ce-que tu fais?
- J’essaie quand-même! J’ouvre mon sac, mais bon. Je le referme. Ca marche pas. Je fais autre chose, je mets de la musique, je joue, je m’occupe. J’avais de la chance, jusqu’à maintenant, ça allait, j’avais pas besoin de bosser. J’ai eu le BAC facilement. Mais là, vu mes notes, c’est pas pareil.
Et la dernière fois où tu as travaillé, toi qui te dis fainéant, c’était quand??
- C’était… (il réfléchit) il y a 15 jours
- Ah bon! Et Qu’est-ce qui s’est passé, il y a 15 jours?
- On avait un contrôle de maths, et vu mes notes… je ne pouvais pas me permettre de le rater, c’était hors de question! On était plusieurs dans ce cas. Alors on s’est concertés, Loïc, Sylvain, Paul et moi, on s’est tous retrouvés chez Loïc et voilà. On a travaillé jusqu’à 2 heures du matin.
(Il raconte en détail la soirée : pourquoi chez Loïc, les pizzas, l’organisation, le travail…)
- A ton avis, qu’est-ce qui t’a rendu capable de travailler ce soir-là, toi qui en étais incapable avant?
- Le fait que ce soit en groupe. J’étais motivé par la présence des autres, il y avait des échanges, c’était dynamique. En fait, je ne peux pas travailler seul, mais en groupe, aucun problème!
Donc, quel est l’élément que tu dois transposer pour rendre possible d’autres séances de travail??
- Le travail de groupe! C’est d’ailleurs un critère important dans le job que je chercherai plus tard : le travail de groupe c’est fait pour moi!"

Ce cher Mathieu, persuadé qu’il souffrait du honteux défaut de fainéantise, avait juste du mal à travailler seul et avait besoin de la dynamique d’un groupe de travail.

L’histoire dominante (HD) de Mathieu, dont le titre était « je suis fainéant », pourrait être schématisée de cette façon, chaque étoile reliée représentant les événements de cette histoire :

Après avoir fait l’exercice, Mathieu a mis en exergue une exception, un événement différent, représenté ici par une étoile rouge. Nous pouvons imaginer qu’en continuant l’exercice, d’autres événement « exceptionnels » seraient apparus! Il n’a pas travaillé en groupe qu’une fois dans sa vie, et le groupe n’est certainement pas le seul contexte favorable pour lui!

Une histoire alternative, qui prend en compte ces exceptions, ces événements différents est née. La voici :

De par les événements qui la composent, le titre de cette nouvelle histoire a forcément changé. Il pourrait être : « c’est dans un groupe que je travaille le mieux » ou, pour coller à la thématique de départ qui est « comment parler de ses défauts » : « j’ai quelques difficultés à travailler seul, mais je suis très performant dans le travail de groupe ».


Cet exercice, qui consiste à contrecarrer l’histoire dominante en montrant qu’il y a eu un ou des événements différents, exceptionnels, qui illustrent une autre histoire, veut montrer vous serez en mesure de recréer, de transposer le contexte particulier qui a permis à ces événements différents de se réaliser. Vous pourrez alors formuler le fait que vous connaissez votre (vos) point(s) faible(s), et que vous savez le(s) corriger en étant capable de créer les conditions (comme le travail de groupe) dans lesquelles ce point faible disparaît.

Tout cela est très bien, me direz-vous, mais concrètement, qu'est-ce qu'on répond à la question «quel est votre principal défaut?»


Distinguer la méthode et le discours

Il vous suffit d’énoncer successivement le résultat des deux exercices, en prenant garde de ne pas confondre la méthode appliquée dans l’exercice de préparation et le discours proprement dit : en effet, votre interlocuteur n’a que faire de savoir que tel jour, exceptionnellement, le défaut qui vous assaille ne s’est pas montré. Vous êtes là en plein dans la méthode.

Une fois les deux exercices terminés et dûment notés, préparez et couchez par écrit le discours que vous tiendrez, en accolant les deux parties :

  1. Vous avez un certain défaut ou point faible, mais du coup, vous avez aussi une qualité ou un point fort.
  2. Ce certain défaut ou point faible, vous savez que dans un certain contexte (que vous citez), il n’existe plus.

Beaucoup de travail de réflexion pour deux petites phrases, me direz-vous!

C’est vrai, mais grâce à cet effort, vous aurez répondu avec franchise et intelligence. Vous aurez surtout montré qu’un point faible n’est rien d’autre qu’un point et que le voir comme une tache n’est qu’une question de point de vue : le recul que vous prenez grâce à cet exercice réduit la taille de vos défauts à des points, au milieu d’une multitude d’autres, positifs ou négatifs selon les contextes.

Par ailleurs, en adaptant les points forts / points faibles dont vous parlez aux aptitudes et compétences requises, vous pouvez développer vos propos et montrer que la qualité associée au défaut (la perle) est précieuse pour le poste que vous visez et sera très utile…etc… De la même façon, il se trouve que le contexte propice à la disparition de votre défaut est justement celui qui est proposé pour le poste que vous visez!

Et si le recruteur, comme c’est parfois le cas, vous demande de citer vos 3 plus grands défauts ou points faibles?

Vous pourriez trouver 3 points faibles et réaliser cet exercice pour un seul que vous aurez sélectionné, mais par prudence… préparez les 3, en prenant garde à ne pas vous mélanger les pinceaux!

Pour garder l'esprit clair, pensez à associer chaque point à des situations concrètes et précises.

Le "petit plus" du coach, mine de rien

Si cet exercice vous permet de parler de vos points faibles de façon valorisante, par la force des choses, il vous conduit aussi à percevoir ces points faibles autrement.

Cet exercice ne vous prépare pas seulement à un discours, il améliore l’image que vous avez de vous-même sur certains aspects de votre personnalité.


Le coaching est aussi là pour vous aider à appliquer cette méthode en profondeur.

Vous avez mis cet exercice en pratique ? qu'en pensez-vous?

(Les jolis dessins "Monsieur Madame" sont tirés de la série de livres pour enfants écrite et dessinée par Roger Hargreaves et publiée chez Hachette Jeunesse.)