La plupart du temps, l’indécision est créée soit par un manque d’information soit, au contraire, par un trop-plein, une absence de méthode, une trop grande dépendance par rapport à votre milieu ou, encore, un certain manque de maturité. L’interaction avec l’entourage est bien évidemment importante et joue un grand rôle dans nos indécisions et, de manière plus générale, dans notre manière de nous sentir ou non « capables » d’entreprendre telle ou telle chose. Par ailleurs, le fait de ne pas avoir le sentiment de contrôler les événements a le plus souvent pour conséquence de nous faire hésiter et repousser le plus possible la prise de décision.


La vraie recette pour éviter de passer de l’indécision à l’anxiété, votre véritable ennemie, est de vous interroger sérieusement sur la ou les raisons de vos hésitations. Qui peut être assez prétentieux (ou naïf) pour se croire capable de trouver sa voie en une seule fois et sans aucune difficulté de choix ? Ce qui compte, au contraire, c’est de savoir que choisir une orientation est une chose complexe, qui se fait par étapes et par essais-erreurs.

LA RAISON DE NOS HÉSITATIONS

Cette période de « flou » faite de doute et d’hésitation, nous oblige pour en sortir, à actualiser notre conscience de nous-mêmes dans un continuum au cours duquel notre personnalité et la connaissance que nous avons de ce qui est bien pour nous, vont s’affiner.

COMBATTRE LES IDÉES REÇUES

Cette quête d’identité se double d’idées reçues, en voici trois incontournables :

  • II y a une et une seule formation, une seule voie qui me correspond vraiment

Si chacun d’entre nous a des talents, des intérêts et des motivations qui feront qu’il se sentira mieux et sera plus efficace dans une formation puis, plus tard, dans une activité professionnelle plutôt qu’une autre, il n‘ y a pas pour autant une seule voie possible de réussite. La vie, et c’est heureux, connaît mille et un détours et l’être humain n’est pas réductible à un rôle et un seul.

  • Le choix que j’ai à faire m’engage pour toute la vie

Cette source d’indécision est assez fréquente. Elle prouve que la perception des choses passe d’une génération à l’autre et met du temps pour évoluer. En effet, ceux d’entre vous qui passeront leur vie professionnelle en exerçant un seul et même métier ne seront certainement pas légion. D’ores et déjà, technologies et mondialisation de l’économie aidant, les activités professionnelles changent et les individus sont contraints, de plus en plus fréquemment, à se réorienter voire se reconvertir totalement.

  • Je ne suis jamais certain de faire le bon choix

Y a-t-il seulement un bon choix, serait-on tenté de répondre. Paradoxalement, le bon choix, qui induit l’idée qu’il n’y aurait qu’un choix unique (voir point précédent), ne s’assimile-t-il pas à une voie de garage ? En effet, lorsque l’on n’a qu’un seul choix, n’est-ce pas simplement parce que les contraintes extérieures sont trop fortes ? Vouloir être sûr de faire le bon choix est souvent une façon de repousser les décisions à plus tard. C’est aussi prendre le risque de perdre un temps précieux en tergiversations quand d’autres savent utiliser leur indécision pour se laisser en partie porter par leur envie et leur intuition.

SE FIER A SON INTUITION

Dans notre monde en perpétuel mouvement, l’indécision constitue un vrai paradoxe. D’un côté, il faut être un peu indécis pour ne pas s’arc-bouter sur des choix par trop définitifs qui nous empêcheraient de saisir une opportunité intéressante (et imprévue) ; d’un autre côté, l’indécision peut facilement mener à l’anxiété, ce qui n’est jamais bon car on se sent alors sans moyens et on peut encore moins facilement faire des choix. Mais que faire ? « Lorsqu’on est perdu en montagne et que quelqu’un vient à passer, on peut toujours lui demander son chemin. Mais si dix ou vingt personnes arrivent à ce moment-là et que chacune d’entre elles nous conseille, avec conviction, une voie différente, on se sent tout aussi perdu qu’avant. Il ne reste plus alors, comme le dit Colas Duflo, qu’à tâcher de penser par soi-même, en sachant qu’on ignore encore la vérité.

LA FORCE DE L’INTUITION

Dans un monde complexe, ouvert et incertain, un monde où tout change en permanence et où il n’existe plus d’itinéraires en prêt-à-porter (chaque itinéraire étant individuel et sur mesure) comment s’orienter sans s’en remettre à soi-même ? Rassurez-vous, cela ne veut pas dire que personne ne peut vous aider. Néanmoins, vous avez un rôle essentiel et éminent à jouer dans votre orientation. Un rôle totalement irremplaçable. En un mot, vous êtes la seule personne qui pourra finalement prendre cette décision qui vous concerne et seulement vous.

  • Apprendre à compter sur soi-même. Reprenons l’exemple, imaginons que vous soyez réellement perdu en montagne et qu’en effet, parmi la dizaine de personnes auxquelles vous demandez votre chemin, aucune ne vous indique le même chemin. Que faire ? Un seul moyen : vous fier à votre intuition et à votre bon sens. Dans l’incertitude et sans vrais repères, comment faire autrement que de s’en remettre à sa propre boussole que l’on peut appeler l’intuition ? Parce qu’elle ne repose sur aucun raisonnement logique, il est souvent difficile de se fier à son intuition. C’est pourtant une méthode indispensable pour saisir une réalité.

L’intuition synthétise souvent plus d’informations et d’impressions qu’une analyse rigoureuse. « C’est par la logique qu’on démontre, c’est par l’intuition qu’on invente », aimait dire le grand savant Henri Poincaré.

  • Confronter ses opinions. Vous ne possédez pas toute l’information et vous n’avez pas encore l’expérience de ce type de situation ? Imaginez donc l’inimaginable : qu’est-ce qui vous rendrait vraiment heureux ? Qu’aimeriez-vous faire dans tel ou tel secteur d’activité ? Que se passerait-il si vous exerciez tel métier ? Comment peut-on imaginer l’évolution de ce métier ? Comment vous voyez-vous dans cinq ans ? Vous pouvez, si vous le souhaitez, faire ce brain-storming avec un ou plusieurs amis. Cette expérience peut s’avérer à la fois drôle et intéressante.

LAISSEZ-VOUS ALLER

Ce qui est primordial c’est de laisser parler votre imagination et non de vous poser des questions théoriques du type « quels sont mes atouts » ou « quels sont les avantages et inconvénients de telle ou telle formation », comme on conseille trop souvent de le faire. Rassurez-vous, on ne rêve jamais vraiment dans l’absolu. Nos rêves, éveillés ou non, prennent toujours racine dans le terreau de nos émotions les plus profondes que nous procurent nos envies, nos peurs, nos expériences passées. L’intuition, contrairement par exemple au raisonnement logique, cherche à voir ce qui est caché, à découvrir, par analogie les relations entre les choses. Ce faisant, elle nous aide à relier des éléments, ce qui est souvent impossible à réaliser autrement.

Habitué aux solutions qui tombent du haut (parents, prof, chef, etc.), désireux de trouver quelqu’un qui pourrait penser à votre place dans ce moment pas toujours très confortable du choix, vous aurez peut-être au début quelques difficultés à vous en remettre à vous et à vous seul. Faites-vous confiance !

POUR CONCLURE

Mieux vous comprendrez que l’indécision est partie intégrante d’une vraie démarche d’orientation et moins vous risquerez de vous angoisser pour votre avenir. Vous pourrez en effet plus facilement faire part de vos doutes et de vos interrogations et ainsi vous donner de meilleures chances de trouver de bons interlocuteurs. Pour faire le « bon choix », nous franchissons quatre étapes successives et obligatoires :

  • L’exploration. Il s’agit d’accumuler des informations sur soi et les différentes voies de formation possibles. C’est dans cette phase que l’on peut s’aider de tests et de quiz, qu’il faut lire pour enrichir ses connaissances et sa réflexion, rencontrer des « exemples », etc., pour savoir à quoi vous attendre. C’est à cette étape que l’intuition est bien utile.
  • La cristallisation. Elle permet de réaliser une synthèse personnelle des informations disparates générées lors de l’exploration. La cristallisation met en jeu une pensée plus logique et plus systématique. Elle doit déboucher sur une sorte de bilan qui fait une balance entre ce que vous aimez ou aimeriez faire et ce que vous ne souhaitez définitivement pas faire.
  • La spécification. Spécifier, c’est passer d’une préférence générale et provisoire à une préférence plus précise. C’est l’occasion de confronter vos idées avec vos possibilités matérielles et les opportunités. C’est le moment de comparer, ordonner, hiérarchiser et finalement choisir.
  • La réalisation. Le temps est venu d’agir concrètement : planification, moyens… pour enfin matérialiser votre projet.


Nous devons nous y habituer:

aux plus importantes croisées des chemins de notre vie,

il n'y a pas de signalisation.

Ernest Hemingway

Vincent Gaillard