J’ai eu envie de partager la reconversion de Fernanda, qui est devenue céramiste. Comment nous sommes-nous rencontrées ? Et bien, j’adore les activités manuelles et depuis un certain temps déjà je voulais essayer la poterie. Non pas que je veuille faire une 2ème reconversion pour devenir céramiste ! Qui sait…peut-être dans quelques années….Je suis allée pousser la porte de l’atelier dans lequel Fernanda donne cours et me voici à mon 20ème cours !

Je vous laisse découvrir le témoignage de Fernanda sur sa reconversion pour devenir céramiste.

Quelle était votre profession avant de devenir céramiste ?

Je viens de São Paulo et je vis à Paris depuis l'an 2000, par choix et par amour de la langue française : petite, je ne comprenais pas pourquoi je ne savais pas parler français...

Arrivée en France, j'ai poursuivi mes études et mon travail de comédienne. Curieuse et aimant rencontrer les gens, le théâtre m'a semblé être la profession idéale pendant presque vingt ans, un métier de passion et de partage qui m'a beaucoup appris. Mais voilà qu'il y a quatre ans, et après une extrême fatigue émotionnelle et une dépression assez importante, je me suis questionnée sur ma vie professionnelle et personnelle afin de préserver cette petite flamme qui nous anime tous.

Quand je suis venue prendre des cours dans votre atelier de céramique, je vous ai demandé comment vous étiez devenue céramiste. Vous m’avez répondu que vous étiez aller rechercher ce que vous aviez laissé de côté. Pouvez-vous m'en dire plus ?

Les années passent et tant de choses que nous aimerions faire sont mises de côté car nous avons cette petite voix prête à nous censurer qui nous dit "Tu n'as pas de temps à perdre avec ceci..." ou "Tu n'as pas vraiment les moyens de faire cela..." ou encore "arrête tes rêveries et regarde la réalité en face..." Mais qu'est ce donc la réalité ? J'ai réussi à répondre à cette question quand j'ai eu enfin la force de dire "Tais-toi petite voix négative, vas voir si je suis ailleurs!" Cela m'a pris du temps et beaucoup de souffrances, car il y a dans la souffrance quelque chose de familier, on sait ce que l'on vit, on sait ce que l'on est quand on est malheureux, et ce n'est rien d'autre que d'être dans sa propre zone de confort même si cela implique errer et tomber en dépression. C'est la phase que j'ai appelé "Je suis bien mon propre « caca »". Jusqu'au jour où j'ai senti vaciller ma petite flamme intérieure, celle qui fait de nous des être uniques, par nos passions, par notre amour de la vie. Et un jour où je me sentais grise et transparente, où même les portières de la sortie du métro ne s'ouvraient plus face à moi, j'ai décidé de lever la tête et de trouver le courage de tout changer et de demander enfin le divorce : j’ai « divorcé » du théâtre, comme un acte de libération.

J'imagine que la décision de vous lancer n'a pas dû être évidente. Sur quoi avez-vous basé cette décision de devenir céramiste?

La décision de quitter mon métier d'avant m'a rendue terriblement triste, cela a vraiment été comme un divorce, douloureux et désespérant. En cherchant ce que je pourrais faire d'autre, la céramique m'est venue à l'esprit quand je me suis assise pour faire une liste de ce qui me tenait à cœur: un métier de passion, où je pourrais continuer à nourrir ma créativité et avoir la possibilité de partager mes expériences.

Quelles ont été les grandes étapes de votre reconversion pour devenir céramiste ?

La plus importante a été de prendre le temps. J'ai pris le temps de préparer cette transition ; j'ai pris le temps de préparer mon départ de la troupe de théâtre en toute sérénité et amitié ; j'ai pris le temps de découvrir la terre comme un enfant ; j'ai pris le temps de construire avec beaucoup d'amour cette deuxième chance de me réincarner dans la même vie avec une autre profession et bénéficiant de toute l'expérience que j'ai pu accumuler dans ces années de théâtre. Je me suis fait aider par mes proches, amis et amoureux, par l'AFDAS, et par moi même, sans quoi rien de tout cela n'aurait été possible. Et j'ai décidé de ne plus jamais laisser parler cette petite voix de censure et j'ai donné sa place à mon intuition profonde, à la liberté de choisir par moi même, de devenir céramiste.

Devenir céramiste paraît financièrement risqué, comment avez-vous géré cet aspect qui nous préoccupe tant ?

Le fait d'être brésilienne m'a, je pense, beaucoup aidé... Là bas on se débrouille comme on peut... on improvise avec ce que l'on a... J'ai été prise, maintes fois, par l'angoisse de l'argent et en discutant de ce sujet avec une amie, elle m'a dit une phrase bien intéressante: "L’argent n'est pas le soucis, c'est la solution! S'il ne se fait pas encore visible, c'est que certainement tu dois encore accomplir quelques étapes avant qu'il ne pointe le bout de son nez." Elle a raison : en France il y a tellement de possibilités pour se former, pour se faire aider pour un bilan professionnel ou pour une création d'entreprise. Certes rien ne tombe par hasard dans notre panier, mais Sainte Internet rend tout accessible à ceux qui la prient ! J'ai passé six mois pour préparer mon projet de reconversion toujours en travaillant encore en tant que comédienne. J'ai cherché les informations sur tout : aides pour se former, pour créer une entreprise, comment faire un site internet, comment réussir un projet dans l'artisanat... Ce n'est pas l'information ou les aides qui manquent, mais la prise de conscience de se retrousser les manches et d'accepter que cela demande du temps pour construire un plan d'action. L'envie d'avoir tout de suite ce que l'on souhaite nous bloque, il faut aller au delà.

Souvent, nos clients se heurtent à une incompréhension totale de leur entourage, qu'en a-t-il été pour vous ?

Je eu le bonheur d'avoir le soutien de mes proches, mon compagnon et ma famille d'amis en France. Ma famille brésilienne n'a jamais compris mes choix. Très jeune j'ai su que je ne pouvais pas compter sur leur compréhension car nous sommes très différents. Mais nos relations se sont beaucoup améliorées depuis que nous avons 11000 kilomètres qui nous séparent :-) Pour eux je suis celle qui réalise ses rêves et, par moments, j'ai l'impression qu'ils pensent que je suis en vacances depuis 18 ans en France. Ce n'est pas simple la famille. C'est délicat et fragile. Je les aime sincèrement, mais en réalité je ne peux pas vivre leur vie à leur place. Et ils sont dans la même incapacité, ils ne peuvent pas vivre ma vie à ma place ni savoir ce qui est essentiel pour moi.

Et quelle est la prochaine étape de cette reconversion en tant que céramiste ?

Je touche le gros lot ! Cette année je réalise mon projet tout en beauté, j'ouvre mon atelier de céramique à Paris après deux ans d'expérience passées en partage d'atelier à Chaville, sans quoi je ne serais pas du tout prête pour me lancer dans cette grande aventure en maîtresse des lieux. Ma foi, la prochaine étape, c'est prendre du plaisir et continuer dans la bataille avec des nouveaux démons...

Pour terminer, si vous aviez un message à adresser à nos lecteurs en voie de reconversion, quel serait-il ?

Personne ne peut vivre votre histoire à votre place, c'est un truc pour les comédiens ça... Dans la vraie vie, on se retrousse les manches, on demande de l'aide et on se met au travail. Le temps lui, il ne s'arrête pas de passer : si dans un ou deux ans vous êtes restés découragés il passera pareil et sans pitié. Mais si vous vous mettez au travail, dans un ou deux ans votre quotidien sera sans doute très différent de celui du présent. Et, courage, toujours!

Merci Fernanda pour ce partage en toute authenticité sur ta reconversion pour devenir céramiste ! Ne pas lâcher, prends le temps, demander de l'aide...Des conseils précieux! Etre accompagné peut vous permettre de mener votre projet jusqu'à la concrétisation. Vous pouvez me contacter pour partager votre projet, vos envies, vos questions...Isabelle Bui

Si vous voulez en savoir plus sur son projet et la soutenir, cliquez ici Projet de création de l'atelier de Fernanda