Vous avez sûrement déjà tous expérimenté le paradoxe : alors même qu’un entretien d’embauche vise potentiellement à embaucher quelqu’un et donc à lui faire intégrer une nouvelle boîte, la volonté de changement est souvent vue avec circonspection par les recruteurs. Il se passe rarement un entretien sans que l’on vous pose la question fatidique : « pourquoi avez-vous quitté votre entreprise ? ». A croire que tous les recruteurs se sont gavés de la série Le Prisonnier et sont restés marqués par la question invariablement posée à Patrick McGoohan, « pourquoi avez-vous démissionné ? ». A se demander si la série ne se voulait pas une anticipation allégorique du monde du travail d'après les 30 glorieuses... Inutile de dire que, si elle n’est pas systématiquement posée de façon malveillante, la question nous met invariablement sur un terrain glissant, dans la mesure où même lorsque notre départ s’est passé de la plus fluide des façons, c’est avant tout l’idée même de départ qui pose question à l’employeur. En mode « mais s’il a subitement quitté son job pour vivre sa vie, pourquoi n’en ferait-il pas de même une fois chez moi ? ». Dans cette angoisse se niche le sens profond de la question en entretien ; déterminer d’une part si votre départ est le fruit d’une décision mûrement réfléchie où d’un coup de sang (dans le cas où il est de votre fait) et d’autre part s’il n’est pas consécutif à des erreurs/fautes que vous seriez susceptible de reproduire chez lui (quand il n’est pas de votre fait).

Selon les cas, cette phase de l’entretien peut s’apparenter à un exercice de patinage artistique ; alors pour vous aider à obtenir avec brio les notes maximales du jury, passons en revue les cas possibles et les meilleures manières de les présenter.

Faut-il parler soi-même de son départ face à un recruteur ?

Tout d’abord, il faut savoir que rien ne vous oblige à justifier votre départ en entretien. Ni légalement ni moralement. Vous n’avez donc pas à vous étendre si vous n’en avez pas envie. Ceci posé, étant donné que le recruteur vous questionnera forcément là-dessus, il apparaît compliqué de se réfugier dans le silence ou d’être évasif sous peine d’éveiller la suspicion. Si rien n'oblige à parler soi-même de son départ, je conseille néanmoins de prendre les devants et justement d’en parler sans attendre la séquence Patrick McGoohan ; tout simplement parce qu’en procédant ainsi, vous vous épargnez une position défensive et, surtout, vous amenez le contexte et l’événement comme vous voulez, de la manière que vous le souhaitez, et diminuez ainsi considérablement les chances d’être placé dans une situation peu favorable. Pour le déroulé, c’est simple : il suffit, lorsque vous parlez de vos différentes expériences, de les conclure par l’explicitation de votre départ à chaque fois, en ayant préparé ces explications en amont de la façon la plus valorisante. Cela paraît évident dit comme ça, mais peu de candidats le font. En agissant ainsi, vous serez à la fois maître du timing et du contenu.

Mais certains contextes de départ sont évidemment plus faciles à présenter que d’autres ; alors après les conseils de méthode, passons donc à l’inventaire à la Prévert.

Parler de sa démission lors d'un entretien d'embauche

Vu de manière superficielle, cela peut sembler être le cas le plus simple ; et effectivement, être parti de soi-même est plus facile à vivre et à dire que de s’être fait raccompagner à la sortie avec ses écouteurs, sa balle anti-stress, son mug « Responsable Logistique le jour, chasseur de vampires la nuit » et les photos de ses marmots en train de batifoler à la plage l'été dernier pour les (nombreux) moments de spleen. Pour autant, un démissionnaire peut faire peur. Car il n’a pas eu peur, lui, de tourner les talons sans job à la clé et, rendez-vous compte, il n’a même pas négocié de rupture conventionnelle ! Il n’a même pas besoin d’allocations chômage ! Il a tellement confiance en lui qu’il est persuadé de retrouver du boulot rapidement et, comme il a des sous en banque, il ne le fait même pas avec la goutte de sueur au front qui va bien !

Même si les employeurs disent vouloir embaucher des leaders, des employés dotés d’esprit critique et d’indépendance d’esprit, ils visent aussi tous à conserver leurs employés sur le long terme ; à ce titre, une trop grande indépendance risque de les faire s’inquiéter de votre réaction lorsque les difficultés surgiront. Aussi talentueux soyez-vous, qu’ont-ils à gagner à vous embaucher s’ils risquent de vous voir prendre vos cliques et vos claques lorsque les choses ne suivront pas à votre goût, simplement parce que vous en avez les moyens ? Aussi, si vous avez démissionné de votre poste sans job, attachez-vous à montrer que cela a été le résultat d’un processus long et non d’un coup de tête. Prenons l’exemple d’une instabilité interne chronique ; vous changiez de n+1 tous les 3 mois, il était en conséquence impossible de travailler sur du moyen terme (voire de travailler tout court), et vous ne pouviez même pas chercher de job car l’intégralité de vos journées était consacrée à éteindre les incendies déclenchés par l’absence de commandant de bord. Noyé sous le boulot + sans aucune vision= double peine ! Remontez alors le temps et montrez que vous avez accepté cette situation pendant un moment, mais que devant l’absence totale de perspectives d’amélioration, ce n’était plus tenable pour vous. Et que vous avez préféré prendre le risque de sauter le pas de la démission plutôt que de vous retrouver en burn out. Quel que soit le contexte exact de votre démission, replacez-le dans un temps long !

Dans le cas d‘une rupture conventionnelle- pour peu que vous en soyez à l’origine- les choses sont plus simples ; qui dit convention dit recherche d’accord et, avec le même contexte, vous déclencherez moins les appréhensions, la rupture conventionnelle étant, théoriquement, un mode de rupture non-conflictuel et non « soudain ».

Tout cela est bien joli me direz-vous, mais quid de quand notre départ a été subi ?

Parler d'un licenciement lors d'un entretien de recrutement

Je ne vous apprendrai pas grand-chose en disant qu’il existe différents types de licenciements, et que le licenciement économique est nettement plus facile à présenter que le licenciement pour faute grave ou lourde. Le 1er cas étant en principe totalement indépendant de votre attitude, concentrons-nous sur les licenciements pour motif personnel/faute, quel que soit leur degré de gravité.

Tout comme vous n’êtes pas obligés de justifier votre départ, vous n’êtes pas non plus obligés d’évoquer la nature exacte de votre licenciement. Je déconseille d’ailleurs de mentionner ouvertement les termes « faute grave » ou « faute lourde » ; il ne faut pas mésestimer la dimension reptilienne dans nos prises de décisions à tous et, quelle que soit la qualité de vos explications et la réalité de l’injustice éventuellement subie, l’expression risque de vous marquer au fer rouge. Sur le fond, le 1er réflexe dans ce genre de situation est souvent de donner le moins de détails possible; je suggère pourtant l’inverse. Car aussi suspicieux peuvent-ils être considérés, les employeurs ne sont pourtant pas idiots ; ils savent que l’entreprise n’est pas un chemin parsemé de pétales de roses, que les conflits y sont fréquents et que les situations se concluant par un ou plusieurs départs en vue de faire tabula rasa le sont tout autant. Si vous avez eu un conflit avec votre hiérarchie, que l’on a voulu vous faire sortir sans ouvrir le portefeuille et que l’on vous a donc collé une faute grave sur le dos (qui peut être réelle, mais la définition de la faute grave étant « une faute qui rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise », autant dire que le champ d’interprétation est large, et fait le régal des prud’hommes), évoquez-là en la contextualisant. N’hésitez pas à reconnaître une part de responsabilité dans les événements, faute avouée étant à moitié pardonnée. Vous avez « pété les plombs » durant une réunion et vertement critiqué voire insulté un collègue ou votre n+1 ? Vous pourrez d’autant mieux assumer la situation que vous aurez vous-même contextualisé la détérioration de vos rapports- en prenant garde à ne pas tout mettre sur le dos de la partie adverse- et pourrez ainsi montrer qu’il ne s’agissait pas d’un simple caprice de votre part. Vous pourrez également par là démontrer l’inéluctabilité d’un départ pour régler le différend- le fait que cela soit tombé sur vous étant davantage le résultat d’une décision hiérarchique que d’une faute que vous auriez commise à vous seul. N'hésitez pas également à valoriser les leçons que vous avez tirées de cet épisode ; elles démontreront votre capacité de remise en question et vous éviteront une image d’arrogance ou de « Calimero ».

Donc, plutôt que de fuir l’explication, appropriez-vous là en :

  1. Ne mentionnant pas le terme juridique exact : vous n’y êtes pas tenu(e), les effets psychologiques risquent d’être grandement pénalisants et le recruteur peut déduire seul du contexte
  2. Insistant sur le contexte de l’événement plus que sur l’événement en lui-même.

Bien sûr, ce n’est pas une recette miracle ; mais procéder ainsi vous permet à minima d’avoir l’initiative et d’instiller dans l’esprit du recruteur un contexte qui vous sera favorable où, au moins, qui relativisera votre responsabilité. Ce qui peut s’avérer très utile en cas de prises de références officieuses (théoriquement interdites mais qui se pratiquent couramment).

On constate donc que, quel que soit le motif de départ, le mieux est encore de se l’approprier, afin de pouvoir le présenter à votre sauce. On ne vous recommande évidemment pas de mentir, mais tout simplement d’être en mesure de raconter VOTRE histoire, de façon à la fois valorisante et sincère. Et pour cela, rien de tel que de prendre l’initiative !

Si vous avez du mal à formaliser cette histoire valorisante, sincère et rassurante permettant de convaincre un recruteur, contactez-moi (via le bouton à droite de votre écran) et travaillons ensemble : c'est justement mon métier :-)

Pour la suite, faites-moi part de vos expériences en la matière, les cas sont tellement nombreux que cela enrichira considérablement le débat. Je vous invite également à partager cet article dans vos réseaux !