Aujourd’hui, je vous propose de découvrir non pas 1 mais 5 témoignages de personnes qui sont dans un processus de reconversion professionnelle. Ces personnes sont à mi-parcours de leur démarche. En effet, elles ont toutes passé la première étape, à savoir, décider un changement professionnel. Elles sont maintenant dans la phase intermédiaire qui est celle de la formation à un nouveau métier. Ce métier est celui de coach scolaire ou coach de jeunes et adolescents. Un métier en plein essor mais pas encore vraiment connu. Elles devront, encore plus que d’autres, faire preuve d’une grande volonté pour avancer et se faire leur place. Elles sont au milieu du gué, elles ont quitté la rive mais n’ont pas encore atteint l’autre côté. D’où parfois les inquiétudes quant à leur avenir, mais leur force c’est leur certitude d’avoir fait le bon choix et d’être en parfaite cohérence avec elles-mêmes.

J’ai donc eu la chance de rencontrer ces personnes lors d’une formation au coaching scolaire que j’ai animée il y a quelques jours. Leur parcours de reconversion et leur détermination m’ont donné envie de les questionner et de vous faire partager leurs témoignages. Je les remercie encore vivement pour leur courage et leur volonté de réussite.

Catherine: Ancienne CPE dans le privé pendant 21 ans.

Riadh: Ancien instituteur en Tunisie. Il est commercial dans une association humanitaire.

Florence: Dirige un établissement hôtelier avec son mari.

Mathilde: Professeur de français dans l’Education Nationale. Ancienne conseillère VAE.

Amal: Educatrice spécialisée. Travaille avec des jeunes en décrochage scolaire.

Nadia : Qu'est-ce qui a déclenché le processus de reconversion professionnelle ?

Catherine : j'ai été licenciée économique, pas de possibilités de reclassement dans mon métier, du coup j'ai fait un bilan de compétences. Grâce au bilan de compétences on a pris les points importants, les forces que j'avais déjà, j'avais 21 ans d'ancienneté, deux ans de psycho... Puis j'ai fait des tests.

Nadia : Avant ce licenciement, est-ce qu'il y avait ce désir de changer ou pas ?

Catherine : Oui mais il était léger. Je me disais que je devais trouver du travail ailleurs mais qu'à l'âge que j'avais, 50 ans, j'aurais des difficultés à trouver autre chose. Par contre quand j'ai fait ce bilan de compétences et que je me suis orientée vers le métier de coach, j'ai fait des enquêtes métier et c’est quand j'ai rencontré des coachs et des hypnothérapeutes que cela a résonné en moi et que je me suis dit que cela me plairait bien. C’est à partir de là que j’ai entamé un processus de formation.

Amal : Pour moi, le déclencheur c’étaient des conditions de travail pénibles. J’étais dans le social, responsable de service les six dernières années, j’ai changé de poste de travail et sur chaque poste à responsabilité les conditions de travail étaient épuisantes. Et j’ai un tempérament qui fait que j’en rajoutais en plus donc j’ai eu beaucoup de problèmes de santé de type insomnie, hypertension… j’ai fait deux burn-out. Ce qui me déplaisait dans mes anciens jobs c’était la dispersion et le manque d’efficacité. Et j’avais un besoin très très fort d’indépendance.

Mathilde : Je me suis souvent sabotée parce que j’étais prof, je n’ai jamais été titulaire, j’ai râté le concours mais je me rends compte que c’était volontaire. En 2007, à la suite d’un bilan de compétence je me suis intéressée au métier de coach, je me suis formée aux métiers du counseling, j’ai appris des choses, mais à l’époque je n’ai pas osé m’installer en indépendante, j’étais jeune et je n’étais pas tellement crédible en conseillère en bilan de compétences car je n’avais pas assez d’expérience, et j’ai été du coup conseillère en validation des acquis dans une institution à la Sorbonne Nouvelle. J’ai repris un poste de professeur de français ensuite. Il y a deux ans à la suite d’une intervention d’un coach dans mon collège j’ai participé aux séances de coaching en tant que professeur. Cela a eu un très fort impact sur moi et six mois plus tard à la suite d’un problème de santé, j’ai pris conscience que je n’étais pas à ma place dans l’éducation nationale, là que je me suis décidée à m’inscrire à cette formation de coaching.

Riadh : Moi je suis venu au coaching scolaire par le biais d’une formation en développement personnel, j’ai découvert que tout le monde a du potentiel, tout le monde peut réussir, sa scolarité, sa vie. C’est juste une question de vision des choses, de perception, de questionnement, de méthodologie. J’ai donc décidé de me lancer dans ce métier pour aider tous les jeunes et moins jeunes qui gâchent leur vie, car ils n’ont pas l’encadrement et l’accompagnement nécessaires pour se mettre sur le bon chemin. Le coaching s’appuie sur le fait que chacun a la solution à l’intérieur de lui-même et qu’il peut apprendre à se questionner et à trouver son propre chemin.

Je travaille actuellement dans une association humanitaire, je suis commercial, je communique et collecte de l’argent, mais cela ne me convient pas, ne me correspond pas. On n’est pas toujours bien accueilli, et j’ai l’impression que je ne fais pas bien mon métier. Je ne suis pas enthousiaste à l’idée d’aller travailler. Je me dis que c’est une étape dans ma vie. Je me vois surtout dans le développement personnel en général et le coaching scolaire et de jeunes en particulier. C’est une histoire de valeurs. Aider est important pour moi.

Florence : Pour l’instant je suis toujours dans mon ancien travail, mais je suis en train de préparer une sortie. Je me prépare à la vie d’après. Je ne le fais pas dans l’urgence comme les personnes qui font un burn-out et pour qui ce n’est plus vivable. Depuis 15 ans je fais un métier que je n’ai pas vraiment choisi, parce que j’ai suivi mon mari. Maintenant j’ai envie de faire un métier que moi j’ai choisi et qui me plait. J’ai d’abord fait une première formation en coaching, pour moi, pas pour en faire un métier à ce moment là. Puis j’ai réfléchi à ce qui m’intéressait vraiment, et c’était les adolescents, c’est un moment de la vie qui me passionne. Je me suis donc dit que c’est le coaching de jeunes et scolaire qui me conviendrait vraiment, qui me plait et que j’aimerais développer. Donc là je suis au début du processus, j’ai envie de faire d’autres formations. Je me laisse un an ou deux pour quitter mon travail. Par contre je sens vraiment la détermination intérieure de changer de cap et d’aller vers ça.

Nadia: Ce que j’entends finalement, c’est que finalement ce qui vous décide, ce qui fait que vous aller passer à autre chose, c’est que vous vous écoutez VOUS maintenant. Vous dites je veux faire ce que MOI j’ai envie. C’est bon, j’ai fait pour les autres, avec les autres, en fonction de ce qu’on attend de moi, et à un moment c’est STOP, je fais ce que moi j’ai envie.

Florence: Il y a également la dimension d’aider les autres qui est très forte pour moi. Aider les autres à faire ce qu’ils ont envie de faire.

Amal : Oui, j’ai envie d’aider mais pas n’importe comment. Ce n’est pas de l’aide alimentaire ou psychologique, c’est les aider à traverser ce que nous même avons traversé finalement. Les aider à se réaliser, à être à l’écoute d’eux-mêmes.

Mathilde : A titre personnel, quand j’aidais avant, je n’aidais pas de manière positive pour moi, je me perdais dans l’aide aux autres et ce que me permet le coaching c’est d’aider dans un cadre et de ne pas faire n’importe quoi.

Florence : C’est une aide vers l’autonomie de l’autre.

Nadia: C’est comme si, à travers ce métier que vous choisissez, vous mettez le doigt sur ce que vous auriez aimé avoir, à un moment de votre vie. Etre accompagné, et aidé. Comme vous choisissez de le faire aujourd’hui. Ce n’est pas forcément conscient chez tout le monde. Le fait de s’occuper de soi, de faire ce qu’on a envie, et de donner ce qu’on aurait aimé recevoir à un certain moment peut-être…

Riadh : Très profondément chez moi!

Florence : Oui c’est tout à fait ça… Je me souviens même quand j’avais 18 ans, quand je devais choisir ce que je devais faire, j’ai opté pour les langues parce que c’était dans ce domaine que j’étais bonne, mais j’aurai aimé avoir un catalogue des formations pour m’aider à choisir mieux… j'ai même eu envie d'en créer un pour tous ceux qui comme moi galéraient...

Amal : Moi j’ai rencontré des personnes qui croyaient en moi, mais j’aurai aimé plus quelqu’un qui prenne le temps pour moi, qui ait une posture de coach… c’est ça que j’aimerais reproduire peut-être. Ce n’est pas tellement choisir son orientation, c’est plus s’autoriser, avoir la permission de penser à soi… Rencontrer un coach te donne la permission d’être toi.

Nadia : Maintenant vous êtes en plein processus. Mais quand vous envisagez l’avenir, qu’est ce qui vous fait le plus peur? Quelles craintes avez-vous aujourd’hui qui pourraient vous bloquer?

Catherine : Imaginer un manque de clients, la peur de mal faire.

Amal : La peur que ce soit tellement novateur qu’il faille plusieurs années avant d’en vivre.

Mathilde : Moi je suis en questionnement sur le statut que je vais adopter. Je n’ai pas envie de faire d’erreurs…

Riadh : Moi c’est plus le fait que les gens ne connaissent pas bien ce métier, et qu’il va falloir faire tout un travail pédagogique en amont, pour que les gens comprennent l’utilité de cet outil. Et puis la question financière aussi. Tout le monde n’a pas les moyens de faire appel à un coach.

Florence : Ma peur c’est de mal faire et peut être aussi de ne pas réussir à en faire une activité principale.

Nadia: Finalement, aucun de vous ne remet en cause sa propre décision de se reconvertir? Pas de regret alors?

Amal : Ah non ! jamais de la vie !

Nadia : Le désir de changement était très fort alors, malgré les risques?

Mathilde : Moi je me dis ce coup-ci j’y vais vraiment.

Amal : Moi c’est pareil, cela fait des années que je veux devenir indépendante, le coaching scolaire est arrivé au bon moment, c’est un moyen pour être indépendante, mais c’est aussi un métier auquel je crois beaucoup, parce que je le trouve efficace.

Nadia : Il y a des personnes qui hésitent à se reconvertir, qui subissent leur vie professionnelle au quotidien, jusqu’à l’épuisement, jusqu’au burn-out. Qu’avez vous envie de leur dire aujourd’hui pour les aider à franchir le pas?

Mathilde : Le changement c’est maintenant!

Catherine : Mes amis m’ont beaucoup boostée en me disant que j’étais faite pour ça. A mon tour je dis à une amie qui est en burn-out, que c’est une question de volonté et de persévérance. Si tu n’as pas les ressources il faut aller les chercher par le biais de formations, de lectures. Il faut se lancer. Moi je n’avais pas le choix, je vis avec les assedics… alors autant que je fasse quelque chose qui me plaise. Et je suis contente de mon parcours depuis un an et demi.

Amal : Je repense à mes deux burn-out et à ce qu’on aurait pu me dire pour le faire plus tôt… je ne vois pas… peut-être qu’il fallait que j’aille au bout de « mes conneries »… Me dire que je n’ai plus le choix. C’est ma santé qui m’a rattrapée. C’est mon corps qui m’a arrêtée, sinon j’y serai encore certainement… Je n’étais pas prête. Peut-être se dire écoute ton corps et gagne du temps!

Mathilde : J’aurais aimé qu’on me dise d’oser et d’oser le coaching pour être accompagnée si on a peur. Moi j’ai fait un bilan de compétence, c’est aussi une forme d’accompagnement. En y repensant je devais d’abord régler des problématiques personnelles, je n’étais pas libre de mes choix.

Nadia: Donc se libérer d’abord des entraves et des contraintes psychologiques personnelles, c’est ça?

Riadh : Contraintes financières aussi…

Mathilde : L’aspect financier… c’est quelque chose que je me disais avant… mais à partir du moment où je me suis sentie libre de faire le choix, je me suis dis que les finances vont suivre, je vais travailler pour financer, ce n’est pas un problème. Avant je me disais je ne peux pas payer une formation, mais une fois ma décision prise, l’argent n’était plus une excuse.

Nadia: Donc une fois la décision prise, plus rien ne vous arrête!

Riadh : C’est la douleur qui fait le changement. Quand on souffre trop.

Amal : Quand on ne sent pas en adéquation, quand on n’y va pas avec le sourire. Quand tu ne sens pas la cohérence entre ta vie et ce que tu as envie de faire, ce que tu aimes faire. Il y a un vrai décalage total et que cela dure pendant des années. Moi, cela s’est manifesté par des insomnies et des problèmes de santé. Oui, c’est ressentir la cohérence, être en accord avec soi-même.

Florence : Moi cela a duré 15 ans. Puis j’ai fait un coaching pour essayer de trouver ce que je voulais faire.

Amal : Chaque jour qui passe je me sens bien et en cohérence, c’est agréable. Le résultat est important mais le chemin est sympa, agréable aussi.

Nadia : Si on vous avait offert un coaching au début de votre démarche est-ce que cela vous aurait aidé, permis d’aller plus vite ? Qu’est ce cela aurait pu vous apporter ?

Mathilde : Oui j’en suis sûre. Cela m’aurait aidé à réfléchir. Cela m’aurait amenée plus vite à dire je veux faire ça, à me mettre en action. Avec un coach c’est beaucoup plus rapide.

Nadia : En fait vous gagnez du temps!

Amal : C’est tout à fait ça!

Nadia : Avez-vous trouvé du soutien dans votre entourage?

Catherine : En ce qui me concerne, quand j’ai dit à ma mère que je me reconvertissais dans le coaching et l’hypnothérapie, elle n’a pas compris. Il a fallu que je lui explique ce que c’était. Je n’ai pas vraiment trouvé de soutien de sa part, même si maintenant elle me dit qu’elle est avec moi… Ma fille au début n’y croyait pas du tout. Mais j’ai la chance d’être entourée de personnes et d’amis qui croient en ma reconversion et c’est ce qui m’a bien boostée et m’a fait continuer.

Nadia : Donc il faut qu’il y ait quelqu’un qui croit en ton projet en plus de toi même?

Catherine : Oui tout à fait. En plus, on m’a donné un coup de pouce professionnel, je me dis ça commence bien!

Amal : Pour moi les premières réactions c’était plutôt de l’incompréhension, comme je quittais un poste de chef de service bien payé. Mais je m’y attendais en fait, je m’y étais préparée. Je ne donne jamais loisir à quiconque de prendre des décisions pour moi. A partir du moment où j’ai pris ma décision, je me suis estimée la plus experte pour prendre cette décision. Il y a beaucoup de gens qui ont pensé que je faisais un caprice, que j’étais instable. Ma mère a levé les yeux au ciel, « qu’est-ce qu’elle fait encore celle-là ! ». Mon père était déçu… Même ma conseillère pôle-emploi n’a rien compris, et m’a dit que je ne trouverai jamais de travail dans ce domaine, car c’est la crise. A partir de ce moment-là je me suis dit je vais arrêter d’en parler, car les gens ne comprennent pas.

Mathilde : Moi, c’est la première fois de ma vie que je prends une décision et que je n’en parle pas aux personnes à qui j’en parle d’habitude. En temps normal j’en aurai parlé à mes amis proches et à mes parents. Mais cette fois, je me suis dit non, c’est trop précieux pour que je laisse les gens émettre des commentaires, projeter leurs propres peurs sur mon projet, ce qui me déstabiliserait. Et puis finalement je me suis dit je garde ça pour moi toute seule. J’en ai juste parlé à un collègue en qui j’ai une grande confiance qui est allé dans mon sens et cela m’a fait du bien.

Florence : J’en ai parlé à mon mari. Il m’a plutôt encouragée même s’il a émis des doutes en disant « mais tu crois que tu vas gagner quelque chose avec ça? ». Mais il trouve quand même que j’ai raison de me lancer là-dedans. Puis j’en ai parlé à des amis proches mais pas à ma mère.

Riadh : Mon parcours c’est beaucoup de changements. Quand un travail ne m’apporte pas du plus je change. Au début j’étais enseignant en Tunisie. Je me suis retrouvé à travailler comme une machine. J’ai tout quitté. La famille était totalement contre. A force de souffrir j’ai tout laissé et je suis venu en France. Pour ma reconversion en coaching, ma femme était d’accord sur la fin mais pas les moyens. J’ai pris le taureau par les cornes et mis tous les atouts de mon côté pour réussir. J’ai investi une grosse somme d’argent pour faire des formations. Elle a vu ma détermination et elle a accepté. Des fois elle râle… La famille en Tunisie a été mise au courant récemment et comme elle a vu que cela devient concret, elle m’a encouragé. La famille des fois elle te booste, des fois elle te bloque. Moi je suis convaincu et déterminé.

Nadia: Que diriez vous à nos lecteurs aujourd’hui ?

Amal : Cela vaut vraiment le coup!

Catherine : On peut tout faire à tout âge, on peut s’en donner les moyens et qu’il ne faut pas hésiter.

Florence : Je dirais que c’est bien de le faire rien que pour soi et envisager ensuite de le faire pour une raison professionnelle. En tout cas en ce qui me concerne.

Mathilde : Rien ne sert de souffrir, il faut se reconvertir à point!

Riadh : Tout est une question de moyens. Si on se donne les moyens on peut réussir ce qu’on veut. Il faut essayer. Souvent on a des idées reçues, moi je dis qu’il faut essayer, bien étudier son projet et avoir cette audace, ce courage pour aller explorer d’autres univers. Et peut-être qu’on trouvera son bonheur.

Amal : Il faut dépasser sa peur!

Catherine : L’inconnu fait peur, mais il faut se lancer parce que cela peut valoir le coup.

Nadia : Un coach peut aider finalement?

Catherine : Oui absolument, pour trouver la force, le courage et la motivation pour changer. Et après on pourra dire ça y est j’ai réussi.

Nadia : Un grand merci à vous tous