Une erreur de parcours

Cela faisait plusieurs mois que je n’avais pas vu Matthieu. Je savais qu’il était parti suivre une formation à l’autre bout de la France pour changer de métier. Jai entendu dire que ce serait long et que cela lui demanderait beaucoup de sacrifices. Matthieu est un jeune marié et un jeune papa, il avait un travail stable, et, subitement, il a disparu. Au fond de moi je sentais qu’il avait fait le bon choix d’autant que sa jeune épouse le soutenait complètement dans sa démarche. Matthieu était commercial dans une compagnie d’assurance réputée, je le voyais constamment en costume-cravate, il paraissait tenir la route. Malgré tout, je sentais qu’il n’était pas en cohérence avec lui-même. Certes, marié, jeune papa, commercial, il semblait correspondre à l’homme exemplaire, satisfaisant toutes les attentes de sa famille et de son entourage, mais ce costume ne lui allait pas, j’en étais profondément convaincu. Sa forte appétence pour le service et le soutien aux autres, sa qualité d’écoute, son souci du bien-être d’autrui pouvaient faire de lui un bon commercial, mais il n’était pas à la bonne place pour exploiter en profondeur ces compétences.

Le bon choix de reconversion professionnelle !

Un choix courageux

Matthieu s’est levé un matin ressentant un grand inconfort qui l’a décidé à planifier sa reconversion professionnelle. Quand nous avons fait connaissance, nous avons parlé de son métier et de son employeur pour lequel j’interviens souvent. Il me disait déjà que cela ne durerait pas et qu’il sentait que ce n’était pas son projet de vie. Un jour, ne le voyant plus, je demandai des nouvelles de lui à un ami commun. Celui-ci m’apprit qu’il était parti faire des études intensives de dentiste dans une école très cotée en Andorre. En plus des 1000 km qui nous séparaient, Matthieu avait véritablement fait un virage à 180° ! J’ai appris qu’il était seul là-bas, qu’il rentrait régulièrement voire sa jeune famille, et qu’il en avait pour 5 ans. Je me suis senti admiratif devant ce courage et j’avais hâte d’en parler avec lui, de comprendre comment il avait cheminé pour faire ce qui était pour lui évident aujourd’hui.

Me poser la bonne question

J’ai revu Matthieu il y a 10 jours, détendu, le teint halé, et l’ai interpelé sur l’inspiration qui l’avait amené à prendre une telle décision. Il m’a répondu souriant: « je ne m’étais tout simplement jamais posé la question de ce que je voulais vraiment faire ! ». C’est en ayant éprouvé une souffrance au travail, déclencheur pour la majorité des personnes d’un projet de reconversion, qu’il a pu identifier ses réelles aspirations professionnelles. S’appuyant sur les critères qui définissent pour lui une vie heureuse, recherchant une cohérence en tout, il prend maintenant soin de lui.

Démarrer une vie professionnelle cohérente

Tôt ou tard, notre identité profonde se manifeste à nous, proportionnellement à la distance que nous nous imposons entre ce que nous sommes et ce que nous faisons. Dans le cas de Matthieu, cette simple question « qu’est-ce que je veux faire vraiment ? » ne s’était pas présentée à lui. La plupart des personnes que je coache dans le cadre de leur reconversion professionnelle, ont fait le même métier que leurs parents, ou ce qui doit leur rapporter le plus, ce qui fait plaisir à l’entourage, ce qui donne une bonne image d’eux, ou ce qui leur paraît juste dans la quête d’une place reconnue. Et la plupart de ces personnes n’ont pas pris au sérieux cette question pourtant fondamentale : « qu’est-ce que je veux vraiment faire ? ». Une reconversion professionnelle est bien plus qu’un changement de cap ou de projet, qu’un caprice de la trentaine ou de la quarantaine, qu’un effet de mode ou un acte de bravoure, c’est une restauration personnelle : un retour à ce que nous sommes, à l’écoute de ce que nous sommes capables de faire, et le démarrage d’une vie professionnelle cohérente qui nous donne l’accès à notre épanouissement.