Nombreuses sont les personnes qui envisagent de se reconvertir dans des métiers manuels. Nous découvrons des portraits de jeunes ayant fait de brillantes études et qui plaquent tout pour devenir chef pâtissier. Et j'ai aussi des jeunes qui me contactent alors qu'ils sont en début de carrière, qui se posent beaucoup de questions et se disent qu'ils n'ont pas pris la bonne voie (Si vous souhaitez en parler : Ma fiche). Qu’est ce qui pourrait expliquer ce « phénomène » d’attirance des métiers manuels ? Je vous propose de partager des extraits de mes lectures qui peuvent donner un aperçu de réponses à cet attrait des métiers manuels dans le cadre d’une éventuelle reconversion…et pas que…cela fera l’objet de la dernière partie de mon article !

LES MÉTIERS MANUELS NOUS OFFRENT « LE PLAISIR ÉLÉMENTAIRE DE FAIRE »

Charles Pépin dans son livre « La confiance en soi » aborde le fait que nombre de métiers aujourd’hui ne permettent plus à ceux qui les exercent de voir concrètement à quoi ils servent. « De quoi pouvons-nous êtres fiers si nous ne savons plus ce que nous faisons ? La confiance en soi est fille du plaisir ; du plaisir que nous prenons à ce que nous faisons bien. Si nous ne « faisons » plus rien, si nos métiers n’en sont plus, s’ils ne nous permettent plus de développer un véritable savoir-faire, alors nous nous trouvons privés du plaisir élémentaire de faire. »

Pratiquer des métiers manuels, ou des activités manuelles nous donne accès au concret. Nous voyons le résultat de ce que nous faisons et nourrissons ainsi notre confiance en nous.

Un enfant comprendrait-il le métier que vous faites ? Quand un artisan parle de son travail à son enfant, ce dernier comprend ce que son père a fait de sa journée. Charles Pépin cite l’exemple d’une petite fille de 7 ans lui disant : « le travail de maman, c’est la réunion. » Et vous, comment expliqueriez-vous votre travail à un enfant de 7 ans ?

LES MÉTIERS MANUELS NOUS PERMETTENT DE NOUS FAIRE SENTIR NOTRE UTILITÉ

Matthew B Crawford, aujourd’hui philosophe et réparateur de motos, a quitté un poste à responsabilité pour ouvrir son atelier. Sa vie de bureau l’avait déprimé, il s’était mis à douter de son utilité et de sa valeur.

Pour beaucoup d’entre nous, nous passons nos journées au bureau sans pouvoir observer les effets directs de notre action…donc notre « utilité ».

Avant de devenir réparateur de motos, Matthew B Crawford a exercé le métier d’électricien. Voici ce qu’il ressentait une fois son installation électrique terminée : « Le moment où, à la fin de mon travail, j’appuyais enfin sur l’interrupteur (« Et la lumière fut ») était pour moi une source perpétuelle de satisfaction. J’avais là une preuve tangible de l’efficacité de mon intervention et de ma compétence. Les conséquences de mon travail étaient visibles aux yeux de tous, et donc personne ne pouvait douter de ladite compétence. Sa valeur sociale était indéniable. »

Et plus que le sentiment d’utilité, selon ce même auteur, le travail manuel est source de bien-être : « On sait que la satisfaction qu’un individu éprouve à manifester concrètement sa propre réalité dans le monde par le biais du travail manuel tend à produire chez cet individu une certaine tranquillité et une certaine sérénité. CRAWFORD, Matthew B.. Éloge du carburateur

LES MÉTIERS MANUELS NOUS PERMETTENT DE NOURRIR NOTRE CONFIANCE EN SOI

Avant d’être Homo Sapiens, nous étions Homo faber (faiseur). Selon Charles Pépin, « l’homme est moins caractérisé par sa sagesse que par le fait qu’il fabrique des outils, puis grâce à ses outils, des choses. »

« Nous sommes faits pour construire, manipuler, œuvrer, éprouver nos facultés dans la rencontre du monde, travailler la matière pour nous travailler nous-mêmes, pour travailler notre talent. C’est dans la relation à la matière que notre esprit révèle sa vérité. Voilà pourquoi nous nous sentons égarés, étrangers à nous-mêmes lorsque nous ne faisons plus rien de nos dix doigts. »

La réponse n’est pas uniquement de changer pour allers vers des métiers manuels. Ce peut aussi être mettre plus de manuel dans notre quotidien, bricoler, jardiner, cuisiner, s’inscrire à un atelier d’activités manuelles…

Dans cette dernière partie, je souhaite partager avec vous ce que la pratique d’activités manuelles m’a apporté, dans le cadre de mon mémoire lors de ma formation de coach et plus récemment par la pratique de la poterie.

LES ACTIVITÉS MANUELLES AU SERVICE DE MON COACHING

La rédaction et soutenance d’un mémoire étaient des étapes clés de la validation de ma formation de coach. Le sujet que j’ai choisi : « Les activités manuelles au service du coaching. » Afin de pouvoir écrire sur ce sujet, il m’a semblé évident que tout commençait par la pratique.

Ma première expérience pratique fut l’art-thérapie pendant une année, selon la méthode de Margareth Hauschka – le travail des couleurs (si vous voulez en savoir plus, suivez ce lien vers le site de Christiane Dhorne – Art-thérapeute : Art-thérapie )

1er apprentissage : le lâcher-prise : ne pas chercher à peindre une « forme » mais accueillir ce qui vient, ne pas avoir d’intention (bien différent du peintre portraitiste !).Il en est de même en coaching : le coach n’a pas d’intention pour son client. Il accueille ce que son client amène et compose avec lui.

2èmeapprentissage : la connexion à mon ressenti. Accepter de lâcher le mental pour laisser parler le cœur et écouter ses émotions.

Les émotions que ressent le coach sont clés pour le processus de coaching. Elles apportent un autre regard sur ce qui est en train de se passer pendant la séance et peuvent donner des clés de compréhension au client.

3èmeapprentissage : recherche des nuances, savoir doser et faire preuve de subtilité. S’ajuster à son client, comme savoir doser la quantité d’eau ou de peinture que l’on met sur sa feuille.

Ma 2èmemise en pratique m’a amenée dans une forge artisanale et traditionnelle.

Cette expérience m’a permis principalement de renforcer ma prise de conscience de l’importance du rythme dans le coaching, surtout par rapport à mon énergie que je dois apprendre à canaliser afin de laisser le temps au coaché de faire son cheminement, de marquer des silences. Lorsque l’on forge du métal, il faut savoir trouver le bon rythme pour maintenir le feu à la bonne température, et aussi pour frapper le métal.

J’ai aussi pu mesurer le poids du « Sois parfait », qui m’a mis la boule de stress au ventre et la pression de devoir « réussir » tout de suite, de ne pas avoir le droit d’être en apprentissage, de faire des erreurs, de les corriger, de recommencer.

Il m’a fallu les encouragements de Philippe, mon maître forgeron, le recours à la respiration en me concentrant sur mon souffle pour lâcher prise et laisser venir sans être obnubilée par le résultat final. Cela m’a permis d’améliorer mon coup de marteau, d’accepter le rythme de la frappe.

Le plus bel exercice de lâcher prise a été la mise en forme (de la pièce de fer étirée à la spirale) : ne pas avoir de modèle, voir la spirale prendre forme à chaque coup de marteau sur l’enclume, corriger, demander de l’aide, et accueillir « ce qui vient ». Pouvoir être pleinement dans le moment, centrée sur la matière. Et voici mon œuvre d’art !

LES ACTIVITÉS MANUELLES DANS MON QUOTIDIEN

J’ai commencé les cours il y a 2 ans. Ce qui m’a poussé : l’envie d’utiliser mes 2 superbes outils et de me libérer la tête ! Comment faire? En trouvant un atelier proposant des activités manuelles et plus particulièrement, la poterie.

A raison de 2h30 par semaine, on progresse, bien sûr, mais doucement et encore plus doucement lorsqu’il y a interruption des cours pendant les vacances scolaires, même avec une super prof dont la pratique et l’enseignement de la céramique est une reconversion !( Devenir céramiste )

Fernanda m’a donné l’adresse pour un stage dans les Cévennes, au Mas Cassac ( Mas Cassac - Stage poterie - Cévennes ) Une de ses élèves y va chaque année. J’ai eu envie d’aller plus loin dans l’exercice de cette activité manuelle, de m’immerger dans cette pratique pendant une semaine et aussi de m’accorder du temps ! Une façon de retrouver du temps pour moi, car ce n’est pas le tout de donner de bons conseils, encore faut-il se les appliquer !( Mon article Retrouver du temps pour soi )

Il a fallu, pour que je m’autorise à le faire, « l’alignement des planètes » : mon mari en déplacement, ma fille en vacances à l’étranger et bingo je me suis inscrite. Attente impatiente pour la confirmation de mon inscription….Il ne restait plus qu’une place et je l’ai prise ! Youpiiiiii !

Me voilà en plein cœur des Cévennes, fin juillet, dans un endroit magique, en pleine connexion avec la nature et le silence : un bien fou !! 6h de cours par jour et atelier libre en dehors !

Voici ce que cette semaine m’a apporté, en dehors de gestes techniques plus efficaces, de découverte de nouvelles formes…

Etre pleinement là

Je suis en train de lire Echart Tollé « Le pouvoir du moment présent » et cela fait écho avec ce que j’ai expérimenté et même ce que j’expérimente à chaque fois que je fais de la poterie et plus largement une activité manuelle. Je suis là, pleinement à ce que je fais. Mon mental se tait et je suis connectée à moi.

Si bien que j’en étais devenue intolérante lorsque 3 pipelettes de notre cours se mettaient à parler de ce qu’elles allaient faire le soir !!! J’avais un vrai besoin de concentration pour être pleinement en contact avec la terre et avec moi-même.

Apprivoiser le rythme – Prendre le temps

La terre est vivante : il faut lui laisser le temps – prendre le temps – lâcher le « fais vite » pour qu’elle s’organise et prenne la forme souhaitée, sinon, elle se froisse (au sens propre comme au figuré !) Combien de fois dans une journée (surtout dans les grandes villes) souhaitons-nous aller plus vite, râlons-nous parce que la file n’avance pas assez vite ? Cela vous rappelle quelqu’un ?

Alors, la prochaine fois que cela vous arrive, prenez le temps de respirer !

S’autoriser à rater pour mieux recommencer…et y prendre plaisir ! (enfin pas trop souvent quand même…)

« Les erreurs sont les portes de la découverte » - James Joyce. Alors je suis partie à la découverte, et pas grave si je rate, d’autant plus que la terre se recycle donc aucun sentiment de gâchis ! Oser – essayer – recommencer – perfectionner – expérimenter. Tout cela résume bien l’apprentissage, non ?

S ‘accorder des libertés

Ah la fidélité à son premier prof…Qui parfois nous bloque. Le « Je continuerai à faire comme on m’a appris, même si cela ne me convient pas… » Et bien, volé en éclat ! Ce stage m’a permis, grâce à Julia, notre prof, de challenger les gestes que j’avais appris, d’en essayer de nouveaux, de mélanger les 2. Donc, garder les gestes qui me conviennent et prendre les nouveaux qui m’aident pour simplifier. Cela fait écho avec ces croyances que nous avons trouvées aidantes à un moment et qui nous bloquent à un autre. Comment faire ? Les remplacer par de nouvelles croyances aidantes.

Partager - S’entraider

Nous avions toutes des niveaux différents et ce fut vraiment aidant de partager, échanger, regarder comment des plus chevronnées faisaient. Mais aussi d’aider, quand la personne était en demande, des plus débutantes que soi.

Je retrouve cela dans mes échanges entre coachs Cap Cohérence et cela fait un bien fou !

Je ne songe pas à aller demain vers des métiers manuels. Par contre, j’ai besoin de ces activités manuelles pour me ressourcer, pour continuer à apprendre sur moi, pour me sentir utile en produisant des choses qui sont utiles. Cette activité manuelle, la poterie, contribue à mon équilibre. Et les cours recommencent début octobre ! J’ai hâte !

Si vous souhaitez en savoir plus sur mes expériences d’activités manuelles, voici le lien vers ma fiche (Isabelle Bui).

Alors, comment pourriez-vous mettre plus d’activités manuelles dans votre quotidien ? Dans l’attente de vous lire !